L'AUTEUR

Francis Chan

Né à Hong Kong en 1967, pasteur et conférencier international, il aime interpeller les étudiants du monde entier. Sa passion est de voir l’Église manifester un amour toujours plus profond pour Jésus. Il s’investit auprès des plus démunis dans le monde. Il est marié avec Lisa. Ils ont quatre enfants.

Une conversation avec Francis Chan

Q : Parlez-nous du titre Crazy love*.
Le titre Crazy love* est en rapport avec notre relation avec Dieu. Toute ma vie, j’ai entendu des gens dire : « Dieu t’aime ». C’est probablement l’affirmation la plus déraisonnable qu’on puisse formuler : le Créateur éternel de cet univers m’aime, moi ! Il devrait y avoir, chez tous les chrétiens une réaction de folie face à cet amour. Comprenez-vous vraiment ce que Dieu a fait pour vous ? Si oui, pourquoi votre réaction est-elle aussi tiède ?

Q : Le mouvement émergent appelle à un changement dans l’Église. En quoi votre message et votre approche sont-ils différents ?
En tant que pasteur, j’entends de nombreux leaders de ce mouvement s’en prendre à ce qui ne va pas dans l’Église. On a l’impression qu’ils ne l’aiment pas. Je suis avant tout un pasteur, et j’essaie de proposer une solution ou un modèle qui reflète ce à quoi l’Église devrait ressembler. Je retourne à la Bible pour voir de quoi elle avait l’air dans sa forme la plus simple. Puis j’essaie de recréer cela dans mon église. Je ne présente rien de nouveau. J’invite les gens à revenir à ce qui existait avant. Je ne dénigre pas l’Église. Je l’aime.

Q : Pourquoi pensez-vous qu’autant de chrétiens accusent l’église de leurs échecs ?
Nous avons tous besoin de justifier nos actions. Quand on ne vit pas comme Dieu le souhaite, la chose la plus facile à faire, c’est de blâmer quelqu’un ou quelque chose d’autre. Cette attitude est visible partout : des personnes blâment leurs parents, un déséquilibre chimique ou que sais-je, au lieu de s’analyser et de mettre en place les changements nécessaires dans leur propre vie, grâce au Saint-Esprit. C’est aussi ce qu’on constate dans l’église. Nous tous qui avons reçu le Saint-Esprit, nous possédons le potentiel de vivre cet « amour fou ». Il est toutefois plus facile de ne pas vivre ce type de vie et de faire porter la responsabilité aux autres.

Q : Vous parlez de croire en Dieu sans avoir la moindre idée de ce à quoi il ressemble. Comment est-ce possible pour un chrétien ?
Du fait qu’on nous enseigne si peu au sujet de Dieu, la majorité des gens veulent simplement savoir ce qu’il peut faire pour eux, au lieu d’avoir soif de le connaître. Quand nous présentons l’Évangile, nous essayons de répondre à une seule question : « Comment ne pas aller en enfer ? » Une fois la réponse obtenue, nous cessons de nous interroger au sujet de Dieu. Nous sommes si préoccupés par les conversions que nous ne prenons pas le temps de présenter aux gens un univers dans lequel tout tourne autour de Dieu. Nous n’essayons pas de creuser les vérités au sujet de Dieu. Il nous faut apprendre à connaître les attributs de Dieu avant de savoir à quoi il ressemble.

Q : Qu’est-ce qu’une « église qui donne » ? Comment vivez-vous cela dans votre église ? Pourquoi pensez-vous qu’il est important que l’église comprenne ces vérités ?
Pour moi, c’est la plus belle expérience que nous ayons pu faire en temps qu’église. J’ai maintes fois constaté l’intervention de Dieu dans ma vie personnelle quand je donne. En tant qu’église, nous n’étions pas aussi généreux que je l’étais sur un plan personnel. Je demandais toujours à Dieu : « Vas-tu vraiment te faire connaître aux gens de mon église ? » Je voulais que l’ordre de Jésus « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » se transforme en actions concrètes. Ce fut une expérience progressive et un acte de foi. Aujourd’hui, notre communauté, Cornerstone Community Church, donne 55 % de tout ce qu’elle reçoit, et notre église se porte mieux que jamais.
Nous nous sommes engagés pour un montant faramineux afin de combattre la faim des enfants dans le monde. Nous donnerions en versements trimestriels. Pendant l’été, nos entrées financières ont diminué et je me suis demandé : Où allons-nous trouver l’argent pour tenir nos engagements ? Je n’ai fait aucun appel particulier au moment des offrandes, je n’ai pas fait état de notre situation financière aux membres. Ce dimanche-là, nous avons pourtant reçu une offrande équivalente à un versement trimestriel. Cela a immédiatement confirmé que Dieu nous disait : « C’est exactement ce que je veux que vous fassiez ». La foi de nos membres s’est fortifiée et notre église a vu la main de Dieu à l’œuvre. Voilà pourquoi je trouve formidable de devenir une église généreuse.

Q : Il y a un sentiment d’urgence dans votre message. Pour quelles raisons ?
Deux raisons principales.
En premier lieu, je préside des enterrements presque chaque semaine. La plupart des personnes qui décèdent sont plus jeunes que moi et sont parties de façon inattendue. Face au choc de leurs proches et conscient du fait que Dieu peut reprendre notre vie à n’importe quel moment, j’éprouve effectivement un sentiment d’urgence.
En second lieu, les conditions dans lesquelles j’ai grandi. Ma mère est morte à ma naissance, ma belle-mère est morte quand j’avais neuf ans, mon père est mort quand j’avais douze ans. J’ai appris que demain peut ne pas arriver. Je veux que le message que je donne soit toujours le meilleur que j’ai jamais donné, juste au cas où je ne serais plus là demain pour en donner un autre.
J’ai donc en moi ce sentiment d’urgence à cause de ma vie passée, mais aussi à cause des nombreuses funérailles auxquelles j’assiste, et des amis que je vois partir. Je ne peux m’empêcher de faire passer ce sens de l’urgence dans ma communication.

Q : Vous expliquez ce que signifie être un chrétien tiède. Vous affirmez avec fermeté que « ceux qui fréquentent l’église tout en étant tièdes ne sont pas des chrétiens. Nous ne les verrons pas au ciel ». Comment expliquez-vous cela ? Où est la grâce dans ce genre d’affirmation ?
Je l’explique par le texte d’Apocalypse 3 que j’examine objectivement. Dieu dit qu’il vomira les tièdes de sa bouche, et cela diffère drastiquement d’un Dieu qui vous enlace et vous accueille au paradis. Les gens tièdes ont encore besoin d’être sauvés. Comment peut-on prétendre qu’un chrétien tiède sera sauvé ?
Le salut n’a rien à voir avec mes performances. Si je suis vraiment sauvé, mes actions le montreront. Dans tout le Nouveau Testament, la foi d’une personne se manifeste par ses actes. Le Nouveau Testament enseigne clairement que celui qui aime Dieu mais ne lui obéit pas est un menteur : la vérité ne se trouve pas en lui.
Ce n’est pas populaire de remettre en question les actions et le salut de quelqu’un ; la Bible nous dit de nous examiner personnellement pour voir si nous vivons vraiment dans la foi. Je crois à 100 % dans la grâce, que je n’ai rien fait, que je suis entièrement sauvé par la croix. Par la grâce de Dieu, nous croyons et sommes sauvés. Si quelqu’un a le Saint-Esprit en lui, il portera des fruits, et il ne pourra pas vivre dans la tiédeur.

Q : Parlez-nous de « Vivre le meilleur… plus tard » ?
Tout cela concerne le ciel. Hébreux 11 présente des martyrs qui n’ont pas pu contempler ou connaître l’accomplissement de toutes choses. La Bible nous parle de la vie qui suivra cette vie. Nous sommes censés amasser des trésors dans le ciel. Pourquoi vouloir entasser des choses sur terre ? C’est une question de foi. La quasi-totalité des chrétiens vous diront qu’ils croient au ciel, mais leurs actes démontrent le contraire. Si nous sommes convaincus qu’en sacrifiant les choses de cette terre nous serons éternellement récompensés, alors nous vivrons la seule vie qui a un sens.

Q : Dans un de vos chapitres, vous dites : « Osez imaginer ce que cela pourrait signifier pour vous le fait de prendre les paroles de Jésus au sérieux ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi pensez-vous que beaucoup de chrétiens n’oseraient pas ?
Nous nous sommes conditionnés à entendre des messages sans réagir. Les sermons sont devenus des divertissements chrétiens. Nous allons écouter une prédication bien élaborée et des vérités qui nous condamnent. Nous avons pris l’habitude de croire que si nous nous sentons repris par le message, notre tâche s’arrête là. Si vous vous contentez d’écouter la Parole, sans la mettre réellement en pratique, vous vous faites des illusions sur vous-même.
Je me souviens d’avoir prêché sur Luc 6, et j’ai souligné le passage qui dit : « Faites du bien à ceux qui vous haïssent ». J’ai alors demandé à chacun présent ce jour-là : « Pensez à quelqu’un de votre entourage qui vous hait. Êtes-vous prêt à lui faire quelque chose de bien ? Allez-vous le faire ? Oui ou non ? » J’ai ajouté : « Dites à Dieu : “Non, je ne le ferai pas !” » Nous ne sommes pas prêts à nous exclamer de la sorte parce que nous ne voulons pas dire « non » à Dieu. Dans la réalité, nous lui disons « non » tous les jours.
Nous ne voulons pas réfléchir à cela parce que nous avons développé l’habitude d’écouter la Parole de Dieu sans lui obéir. Si nous prenons la Bible au pied de la lettre, et si, de fait, nous la mettons en pratique, nous aurons à nous séparer des désirs de notre chair. C’est pour cela que nous préférons repartir tristes ou que nous trouvons une église où personne ne met en pratique la Parole, sans pour autant être mal à l’aise.

Q : Que dites-vous à ceux qui disent que vous interprétez la Bible trop littéralement ?
Si quelqu’un me disait que je prenais la Bible trop à la lettre, je l’inviterais vraiment à sonder son cœur. Je lui demanderais s’il s’agit de sa conviction personnelle ou s’il s’est laissé influencer par d’autres croyants qui lui auraient affirmé que l’on n’était pas censé prendre ce qu’enseigne la Bible au pied de la lettre. J’aime encourager les gens à réfléchir par eux-mêmes et non à suivre les foules. Quand des croyants se retrouvent seuls avec la Bible, ils aboutissent aux mêmes conclusions que moi. Crazy love* fait référence aux réflexions que tous les chrétiens se sont faites, à un moment ou un autre, dans leurs moments passés seul à seul avec Dieu. Ils ont alors compris qu’ils ne pouvaient faire autrement que de considérer les Écritures de manière littérale.

Q : Quel est le rapport entre notre rêve de confort et une foi tiède ?
Dans Luc 12, Jésus raconte la parabole du riche insensé. C’est l’histoire d’un homme riche qui a fait une superbe récolte. Il construit alors des granges plus grandes afin de tout entreposer. Il se dit à lui-même : « Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi » (v. 19). En somme, il prend sa retraite et profite du bon temps : le rêve ! Dieu lui dit : « Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée » (v. 20).
Nous ne devrions pas nous soucier de notre vie, de ce que nous mangerons, achèterons ou porterons comme vêtements. Dieu déclare que notre rêve d’une vie confortable ici-bas sur la terre est de la pure folie. C’est pourtant exactement ce que de nombreux chrétiens vivent et recherchent. Dieu pourrait reprendre votre vie à tout moment. Ne conformez pas votre vie aux principes de ce monde.

Q : Pensez-vous que Dieu vous appelle à vivre une vie radicale, une crazy life [une vie folle] ?
Ce mode de vie ne devrait pas nous sembler être de la folie, bien au contraire. Cette manière d’aborder la vie est la seule qui soit véritablement sensée. Tout donner et sacrifier tout ce que nous pouvons pour la vie à venir est tout à fait logique. Ce qui est « insensé », c’est de vivre une vie confortable et d’amasser des choses pendant que nous essayons de profiter de notre temps sur la terre, alors que nous savons que Dieu peut nous enlever notre vie à n’importe quelle milliseconde. Pour moi, c’est ça qui est fou. Les fous sont ceux qui vivent comme si Dieu n’existait pas. C’est de la pure folie.